r Le Lac
Fabrice Aragno, Schweiz, 2025o
Ein filmisches Gedicht über die Natur am Beispiel des Genfersees: das Rauschen des Wasser, das Wehen des Windes, die treibenden Wolken, die Spiele des Lichts, die Schreie der Vögel und ein Paar, das zu allen Jahres- und Tageszeiten auf dem See segelt. Hinschauen, hinhren und in sich gehen.
La poésie est affaire de rythme, flux et reflux de la langue. Filmé et au monté au gré des vagues, Le lac est un poème cinématographique auquel le regard s’accroche dès les premiers instants, saisi par la beauté brute de ses images. De l’eau, la coque d’un bateau et les montagnes au loin comme matières de cinéma, motifs déclinés à l’envi sous tous les angles et éclairages possibles. Si le titre évoque un célèbre poème romantique de Lamartine, l'œuvre relève plutôt de la poésie élémentaire, avec la texture du monde comme point de départ et la surface de l’écran de cinéma comme horizon. Dédié à Jean-Luc Godard, dont le réalisateur Fabrice Aragno fut l’un des plus proches collaborateur·ices au cours des dernières années de sa vie, le film évoque à certains égards les compositions tardives de l’oracle de Rolle. Comme dans Adieu au langage, nous avons affaire, en lieu et place de personnages, à une femme et un homme sans noms – un couple qui vaut pour tous les autres. À bord d’un bateau à voile, elle et il naviguent sur le lac Léman au fil des saisons. Quelques plans tournés l’été les révèlent enlacé·es sur l’herbe dans l’une des rares séquences tournées sur terre. Pour le reste, le film appartient à l’eau, élément dont il fait sienne la fluidité. Porté par le mouvement des images, le regard glisse d’une séquence où le vent affole les voiles du bateau à une contemplation nocturne des rives du lac éclairées par la lumière des habitations. Le paysage comme obsession picturale. On repense à cette phrase maintes fois citées par Godard, disant de Cézanne qu’il ne peignait pas la montagne Sainte-Victoire, mais un tableau. Cela vaut pour Aragno, qui filme moins le Léman que le cinéma avec l’ivresse d’un peintre qui n’épuisera jamais son médium. Le lac, le lac, toujours recommencé!
Emilien GürGalerieo
