Mektoub, My Love: Canto Due
Abdellatif Kechiche, Frankreich, 2025o
Der angehende Filmemacher Amin kehrt nach seinem Studium in Paris nach Sète zurück. Ein alternder amerikanischer Produzent, der dort Urlaub macht, stösst zufällig auf sein Filmprojekt und möchte, dass seine junge Frau die Hauptrolle übernimmt. Doch dann funkt wieder Amins Freund Tony dazwischen, und alles kommt für alle sehr viel anders als erwartet.
Un revenant: la surprise fut grande d’apprendre, début juillet 2025, la sélection de Mektoub, My Love: Canto Due en compétition officielle du Festival de Locarno. Accusé de méthodes abusives, financièrement en déroute et pour finir même victime d’un AVC, le réalisateur Abdellatif Kechiche semblait dans l’incapacité d’achever le projet Mektoub, série de films tournés dans le Sud de la France avec de jeunes acteur·ices. Le premier volet fut révélé à Venise en 2017, puis un Intermezzo fit scandale à Cannes en 2019 pour une scène de sexe non simulée et n’a plus jamais été montré depuis, officiellement pour cause de droits musicaux non réglés. Et voilà que six ans plus tard, le second volet de Mektoub sort sur les écrans comme si de rien n’était. Retour à Sète, donc, dans les années 1990: c’est l’été, Ophélie couche avec Tony en attendant le retour de son futur mari militaire, tombe enceinte, veut avorter. Coureur de jupons notoire, Tony emmène son cousin Amin, aspirant cinéaste, chez de riches client·es du restaurant familial – un producteur américain et sa jeune épouse, actrice de séries – au prétexte de précipiter sa carrière de réalisateur. En vérité, le bellâtre cherche surtout une occasion de séduire la starlette. Pour faire bref: il n’est question, sur le plan narratif, que de coucheries, de jalousies et de désœuvrement. À condition de ne pas s’en tenir à la première impression (forcément trompeuse), d’avoir affaire à la mise en scène complaisante d’une grande débauche sous le soleil, on verra bien d’autres choses. Des corps à la dérive, du désir ardent, de la pure durée. Une piscine, un revolver, de vieux rêves hollywoodiens qui virent au cauchemar. Bref, un retour aux sources du cinéma, agitant le spectre d’une réalité amplifiée, hallucinée. Un film à bout de souffle, comme son personnage courant dans la nuit, à la fin, pour toujours.
Emilien Gür
